Extrait d’interview de Boris Cyrulnik réalisée par Psychologie Magazine

Comment définissez-vous la résilience? Quelle est l’origine de ce terme?

Boris Cyrulnik:  C’est l’aptitude à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale. Ce terme est souvent employé par les sous-mariniers de Toulon, car il vient de la physique. En psychologie, la résilience est la capacité de vivre, de réussir, de se développer en dépit de l’adversité.

Sur un sentiment que ce terme ne s’applique pas traumatisés profonds. Mais ne concerne-t-il pas chacun d’entre nous?

Boris Cyrulnik:  Les deux sont vrais. Je pense qu’on ne peut parler de traumatisme – et d’évolution résiliente – que si l’on a côtoyé la mort, si l’on est agressé par la vie ou par les autres, ou encore si les personnes de notre entourage ont été en danger. Mais les processus qui permettent de reprendre son développement après un coup de nous nous sommes tous, car ils sont obligés de penser la vie en termes de devenir, d’évolution. D’ailleurs, une personne sur deux, subissant un traumatisme au cours de son existence, qu’il s’agisse d’un inceste, d’un viol, de la perte précoce d’un être cher, d’une maladie grave ou d’une guerre.

Pourquoi êtes-vous intéressé à ce problème?

Boris Cyrulnik:  La vraie question est plutôt: pourquoi suis-je devenu psychiatre? Enfant, en pensant à toutes les horreurs, à toutes les tragédies humaines, je suis demandé: «Comment ces choses sont-elles possibles? Comment peut-on s’en sortir? Comment agir pour que « ça » ne se reproduise pas? Comment aider ceux qui souffrent, qui souffrent? »
C’est pour répondre à ces interrogations à l’âge de 10 ans, j’ai décidé de devenir psychiatre. Si j’avais été plus équilibré, je n’aurais jamais fait d’études de médecine et, a fortiori, de psychiatrie.