La résilience – Boris Cyrulnik

La Résilience

Dir. par Boris Cyrulnik et Claude Seron

Boris Cyrulnik

Edition : Fabert

Comment renaître de sa souffrance ?
Une dizaine de spécialistes de l’art de la parole témoignent de leur travail clinique avec des personnes qui, dans leur enfance, ont subi la violence, l’inceste, l’abus sexuel, le deuil…
Une suite de regards croisés, dont la richesse d’informations, et d’émotions parfois, permet de mieux comprendre le concept de résilience.

Face aux traumatismes, certains s’en sortent mieux que d’autres. Ils vivent, rient, aiment, travaillent, créent, alors que les épreuves qu’ils ont traversées auraient logiquement dû les terrasser. Par quel miracle ? Cette énigme s’appelle la « résilience ». Les recherches en ce domaine ont débuté dans les années 90, sous l’influence de psychiatres américains spécialistes de la petite enfance, tels Emmy Warner ou John Bowlby.

En France, Boris Cyrulnik a été le premier à s’y atteler. Dans son essai Un merveilleux malheur (Odile Jacob), il s’interrogeait sur les processus de réparation de soi inventés par les rescapés de l’horreur. Dans Les Vilains Petits Canards (Odile Jacob), il montre comment ces processus se mettent en place dès les premiers jours de la vie et permettent de se reconstruire après la blessure.

 

 

Extrait d’interview de Boris Cyrulnik réalisée par Psychologie Magazine

Comment définissez-vous la résilience? Quelle est l’origine de ce terme?

Boris Cyrulnik:  C’est l’aptitude à résister aux pressions et à reprendre sa structure initiale. Ce terme est souvent employé par les sous-mariniers de Toulon, car il vient de la physique. En psychologie, la résilience est la capacité de vivre, de réussir, de se développer en dépit de l’adversité.

Sur un sentiment que ce terme ne s’applique pas traumatisés profonds. Mais ne concerne-t-il pas chacun d’entre nous?

Boris Cyrulnik:  Les deux sont vrais. Je pense qu’on ne peut parler de traumatisme – et d’évolution résiliente – que si l’on a côtoyé la mort, si l’on est agressé par la vie ou par les autres, ou encore si les personnes de notre entourage ont été en danger. Mais les processus qui permettent de reprendre son développement après un coup de nous nous sommes tous, car ils sont obligés de penser la vie en termes de devenir, d’évolution. D’ailleurs, une personne sur deux, subissant un traumatisme au cours de son existence, qu’il s’agisse d’un inceste, d’un viol, de la perte précoce d’un être cher, d’une maladie grave ou d’une guerre.

Pourquoi êtes-vous intéressé à ce problème?

Boris Cyrulnik:  La vraie question est plutôt: pourquoi suis-je devenu psychiatre? Enfant, en pensant à toutes les horreurs, à toutes les tragédies humaines, je suis demandé: «Comment ces choses sont-elles possibles? Comment peut-on s’en sortir? Comment agir pour que « ça » ne se reproduise pas? Comment aider ceux qui souffrent, qui souffrent? »
C’est pour répondre à ces interrogations à l’âge de 10 ans, j’ai décidé de devenir psychiatre. Si j’avais été plus équilibré, je n’aurais jamais fait d’études de médecine et, a fortiori, de psychiatrie.